Colloque “Écologie culturelle et cultures écologiques dans la Grande Région”

Le Musée national d’histoire naturelle accueille ce 1er juin la 1ère journée du colloque transdisciplinaire “Écologie culturelle et cultures écologiques dans la Grande Région” organisé par Jeanne E. Glesener, Christiane Solte-Gresser et Sébastian Thiltges. La deuxième aura lieu le lendemain 2 juin à l’Université du Luxembourg à Belval.

Programme Ecologie culturelle GR FÀ l’heure où un petit pays se lance dans l’exploitation post-terrestre de ressources minières spatiales, la Terre connaît l’aube de l’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique définie par l’empreinte humaine gravée pour des millions d’années durant dans les couches de sédiments. Comment rendre perceptibles et imaginables ces nouvelles dimensions spatiales et temporelles engendrées par des transformations autrement incommensurables ? Comment se sentir concerné, à titre individuel et collectif, par ces bouleversements globaux qui ne semblent être que l’affaire d’une humanité abstraite ? Les débats actuels sur l’origine anthropique du changement climatique (souvent davantage idéologiques que scientifiques), la résurgence d’un sentiment de la nature de la part de citadins surmenés, ou encore le développement d’initiatives locales prônant le respect de l’environnement, (re)mettent le rapport entre nature et culture au coeur des réflexions et des actions. Alors que la science, ses modèles et prévisions, ainsi que la sphère politique, ses mesures et engagements, semblent accaparer la question écologique, il est urgent d’appréhender la pluralité des discours culturels face à ces enjeux. Repensant la séparation des dimensions factuelle, politique et esthétique, les humanités environnementales étudient les multiples interactions (sociales, psychologiques, discursives, affectives, etc.) de l’être humain et de la société avec l’environnement physique et les actants nonhumains. Concentrer ces recherches sur un espace écoculturel précis, en l’occurrence le Luxembourg et la Grande Région, permet d’articuler différemment le lien entre le local, le régional et le global, notamment à travers le postulat éthique incluant la terre, les mondes animaux et végétaux, habituels oubliés des sciences humaines et sociales. À l’inverse, ces dernières définissent la culture comme un ensemble dynamique et complexe, construisant différents discours et représentations des milieux, contrecarrant ainsi le mythe d’une nature unifiée et séparée de la diversité humaine. Parallèlement aux discours ambiants et aux innovations technologiques qui déterminent notre rapport à l’environnement, les productions culturelles ne sont-elles que des « senseurs » des préoccupations dans l’ère du temps ou des véhicules du fameux message écolo ? Ne constituent-elles pas des espaces d’expérimentation, témoignant ainsi de « la nécessité d’une nouvelle esthétique, au sens d’un renouvellement de nos modes de perception, de notre sensibilité, pour pouvoir répondre à ce qui est en train de nous arriver » ? Malgré l’évolution rapide des préoccupations environnementales dans la sphère sociale et politique, aucune étude approfondie des rapports entre écologie et culture au Luxembourg et dans la Grande Région n’a été menée à ce jour.

Le colloque s’articulera autour de plusieurs axes.

Quels ont été, dans une perspective diachronique, les grands événements et débats qui ont alimenté la pensée écologique, à l’instar des réactions aux centrales nucléaires de Remerschen et de Cattenom ou, plus récemment, des séances d’informations préparant l’arrivée imminente du loup ? Quels seraient des éléments d’une histoire culturelle de la nature au Luxembourg et dans la Grande Région ? Le rôle imparti aux paysages et au patrimoine naturel, catégories essentielles dans le développement d’une identité nationale ou régionale au début du XXe siècle, change-t-il en fonction de la nouvelle donne environnementale et globale ? L’écologie oblige-t-elle à penser différemment le discours sur la modernité, interrogation qui pourra par exemple inclure le développement culturel, l’urbanisme et l’architecture ? Thème inédit, l’écologie questionne la manière dont les différents champs disciplinaires conçoivent les interrelations entre l’humain et l’environnement : géographie, science politique, aménagement du territoire, sociologie, écologie linguistique, pédagogie, médiation muséale de la nature, etc. Quel est l’impact socioculturel de phénomènes récents tels que les mouvements Transition (et autres) et comment recourent-ils à des formes narratives et imaginaires ? Quelle posture adoptent les musées d’histoire naturelle ou autres institutions (Administration de la nature et des forêts, etc.) face aux enjeux environnementaux ? Quel est le rôle attribué à la nature dans l’enseignement, voire dans d’autres contextes tels que la psychologie et la philosophie ? À cette perspective transdisciplinaire s’ajoute la comparaison intermédiale des différentes formes d’expression artistique (photographie, peinture, cinéma, musique, installations plastiques et paysagères, etc.) et textuelle (roman, poésie, théâtre, essai, mais aussi écriture journalistique, description touristique et discours politique). Comment l’écologie est-elle racontée et représentée ? À quelles nouvelles formes narratives et esthétiques l’écologie donne-t-elle naissance ? Comment certains artistes et/ou écrivains transmettent-ils leur éventuel engagement ou leurs préoccupations à travers leurs créations ? Eu égard à la collision d’informations contradictoires concernant l’écologie et ses rapports avec la société, l’étude des représentations des rapports entre nature et culture permet aussi de déceler l’impensé de certains discours sur l’environnement. Concernant plus précisément la littérature et les arts, le relevé de thèmes récurrents et spécifiques permettra d’étudier comment les créateurs incluent explicitement ou implicitement les nouvelles thématiques environnementales. L’analyse pourra porter sur des « écofictions7 » et sur des oeuvres qui n’abordent pas la question environnementale directement, mais contiennent des thèmes et des schémas narratifs portant la marque d’une sensibilité (proto)écologique. Les publications récentes abordant le sujet relèvent-elles exclusivement de « l’éco-mainstreaming » ou les créateurs s’inscrivent-ils dans une réflexion critique sur l’écologie ?

Ce colloque est organisé dans le cadre du projet postdoctoral de Sébastian Thiltges « Écrire l’écologie au Grand-Duché : émergence et pluralité d’un discours environnementaliste dans le roman luxembourgeois du XXe siècle à nos jours (ECOLITLUX) », mené à l’institut de littérature générale et comparée à l’Université de la Sarre avec le soutien du Fonds National de la Recherche Luxembourg.

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