La première description européenne de la plante appelée « guaraná », par João Felipe Bettendorff

« Au Brésil, (…) le guaraná est passé depuis quelques années au rang de boisson nationale ; c’est le rafraîchissement le plus bu dans le pays, détrônant même le Coca-Cola. De même, l’industrie pharmaceutique exploite de plus en plus les nombreux principes actifs du guaraná pour la fabrication de médicaments. On sait moins, en revanche, que c’est à un Luxembourgeois qu’il revient d’avoir décrit le premier cette plante et son mode d’action. »
(Cité d’après Bodo Bost, 2005. Johann Philipp Bettendorff SJ. (1625-1698). In : Hémecht 1/2005, Luxembourg : 55)

Paullinia_cupana_-_Köhler–s_Medizinal-Pflanzen-234Dans sa « Crônica », João Felipe Bettendorff (1625-1698) est en effet le premier Européen à décrire le guaraná, en insistant avant tout sur les usages auxquels les Indiens de l’Amazone destinent cette plante. Les communautés indiennes utilisent le Paullinia cupana comme remède naturel contre de nombreux maux, par exemple pour calmer la fièvre et les crampes, pour favoriser la guérison après une maladie, mais aussi contre la diarrhée ou pour soulager les règles douloureuses. Comme les semences peuvent contenir jusqu’à 8 % de caféine, le guaraná est pour les Indiens un stimulant apprécié, ou un tonique en cas d’effort physique intense.

En outre, la description que donne Bettendorff du guaraná et de ses multiples usages médicinaux et socioculturels chez les Indiens constitue un remarquable exemple de l’attitude du jésuite luxembourgeois devant la culture indienne de l’Amazonie. Au rebours de la mentalité qui prédominait chez les colons européens, João Felipe Bettendorff s’efforce de comprendre, et surtout de respecter, la société et la culture des Indiens, ainsi que leur connaissance approfondie de la nature. Dans ses activités profanes, le jésuite luxembourgeois s’appuiera d’ailleurs sur le savoir des Indiens, par exemple pour la création et l’organisation de fermes-modèles.

« Les Andiraces (un peuple indien de la région de Santarém) cultivent un arbuste qui produit un petit fruit qu’ils appellent guaraná. Ils sèchent et broient ce fruit pour former avec la substance obtenue de petites boulettes qu’ils estiment très précieuses, autant que l’or pour les blancs. Lorsqu’ils veulent utiliser cette substance, ils concassent ces boulettes et mêlent le broyat à de l’eau. Cette boisson leur donne une telle vigueur qu’ils peuvent passer toute une journée à la chasse sans ressentir la moindre faim. Outre cette fonction de coupe-faim, la substance en question s’avère efficace contre la fièvre, les douleurs musculaires et les maux de tête. »
(Extrait de la « Crônica da Missão dos Padres da Companhia de Jesus no Estado do Maranhão », de João Felipe Bettendorff. Cité d’après Bodo Bost, 2005. Johann Philipp Bettendorff SJ. (1625-1698). In : Hémecht 1/2005, Luxembourg : 55)

Texte: Claude Wey

Orchidées, cacao et colibris |