L’homme de Blar (13.07.00-27.08.00)

L’Homme de Blar a été découvert en 1928 en Ecosse par l’anthropologue luxembourgeois Jean-Pierre Duchally. Cet homme aurait vécu aux allentours de l’âge de pierre et il s’intercalerait entre l’homme de Néandertal et l’homme moderne.

Pourtant, Duchally, dont on voit dans la nouvelle exposition au ‘natur musée’, les écrits, le portrait et sa boîte à cigares, n’a jamais existé. Pas plus bien entendu que l’homme de Blar. Bien plus qu’une simple exposition de photographies, « L’homme de Blar », sous-titrée « Essai de reconstitution d’une vie d’anthropologue » , se présente comme une véritable scènographie dans laquelle les deux artistes ont intégré aux photographies les objets découverts, les témoignages de l’existence de cet homme préhistorique ainsi que les travaux du docteur Duchally, bref toutes sortes d’objets censés prouver l’existence de l’Homme de Blar.

La reconstitution effectuée par Luc Ewen et Jean-Luc Koenig, véritable travail de fourmi, nous livre toutes les étapes d’une recherche minutieuse.

L’enquête, montée de toutes pièces, s’appuie sur des témoignages et des photographies qui ne cessent de jeter le trouble dans les esprits et d’apporter une certaine ambiguité. Un travail à la frontière du réel, plein d’humour, de mystère et d’originalité. Un poisson d’avril du troisième type.

L’idée d’exposer des oeuvres d’art et des sujets peu communs à un musée d’histoire naturelle n’est en effet pas nouvelle. Dans le passé le Musée national d’histoire naturelle a été sollicité maintes fois par des galeries et artistes désireux d’exposer dans les salles du musée leurs oeuvres d’art. L’exposition ‘Zoofolie – Le bestiaire imaginaire de Jean Fontaine’, qui a eu lieu en été 1997, a été une première expérience dans ce domaine. L’idée centrale de cette exposition était de confronter l’imaginaire d’un artiste à la zoologie connue.

En 1998, l’exposition « Le Marsupilami – Une nouvelle espèce pour la science » montrait que cet animal de bande dessinée était bien plus que le produit de l’imagination d’un dessinateur de génie.

En 1999 le ‘natur musée présentait les carnets d’Irena Podhorska illustrant l’amour de l’artiste pour les plantes et la face cachée du monde végétal. Parallèlement, le ‘natur musée’ exposait les sculptures de Patrick Hervelin et de Milutin Mratinkovic.

L’Homme de Blar n’est pas un nouvel Homme de Piltdown

Au début du siècle des ossements furent mis à jour près de la localité de Piltdown, dans le Sussex, au sud d’Angleterre. Après avoir analysé les fragments, des scientifiques renommés et sérieux voyaient dans le crâne reconstitué celui d’un des premiers représentants de la lignée qui aboutirait à l’homme moderne. Ce fossile mi-singe par la mandibule et mi-homme par le crâne correspondait parfaitement à l’image idéale de l’ancêtre convenable : il était européen et son cerveau dominait le corps.

En réalité cet homme de Piltdown relèvait d’une supercherie : son crâne était celui d’’un homme, et sa mandibule, celle d’un orang-outan. Cependant, il fallait attendre 1953 pour que cette fraude fût définitivement dénoncée. Cet épisode montre combien l’image du chaînon manquant, celle du modèle troglodytien, reste profondément ancrée dans les esprits. L’exposition « L’Homme de Blar » en est une belle démonstration. Il y a toutefois une différence majeure. L’Homme de Piltdown était probablement une fraude d’experts en paléontologie, dont les auteurs ne sont toujours pas connus. Cette affaire mettait en lumière les travers d’une pensée europocentriste, qui enfermée sur ces convictions, n’arrivait pas à se dégager des mythes les plus tenaces de la pensée europocentriste.

Quant à l’Homme de Blar, les deux artistes, auteurs de ce qui apparaît comme une vaste supercherie, ont voulu jouer avec la réalité et prouver que l’art n’avait nullement besoin de se prendre au sérieux.

Aujourd’hui la paléoanthropologie est mieux ancrée dans le monde scientifique. Bien que de nombreuses inconnues subsistent toujours, le cheminement évolutive des premiers humains vers l’homme moderne est mieux éclairci : L’homme moderne est d’origine africaine, l’homme de Néandertal n’est pas notre ancêtre direct et l’homme de Blar n’existe pas non plus. Il n’y aura donc pas de nouvelle affaire Piltdown.

L’exposition « L’Homme de Blar » ne manquera pas d’intéresser tant les amateurs d’art que d’anthropologie.

vision d’artistes
essai de reconstitution d’une vie d’anthropologue
par Jean-Luc Koenig et Luc Ewen


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